lustre_vue_ext_rieur_webDu sol au plafond, l’installation proposée par Stuart HAYGARTH, designer invité par Loïc le Bigot à la Galerie TOOLS, est une féérie enchanteresse et une vraie réussite.

"Voir c'est comprendre, juger, déformer, oublier ou s'oublier, être ou disparaitre." Paul ELUARD

Une phrase qui résume assez bien la démarche de Stuart HAYGARTH qui présente accroché au plafond de la galerie un lustre géant composé de 1020 paires de lunettes. Un luminaire taille XXL qui n’est pas sans rappeler les compositions en verre d’un Mangiarotti.

«Myopes, astigmates et presbytes de tous pays regardez nous», tel pourrait être le slogan de cet ancien homme de pub venu récemment au design.

Son lustre géant résulte de l’accumulation de verres optiques, lunettes de vue ou verre solaire, et s’apparentent aux boules à facettes que l’on croise dans les lieux nocturnes et festifs, dans un entrelac joyeux qui créent sur les murs environnants un bal de lucioles. Véritable analogie entre l’objet de lumière et la fonction première des lunettes qui permet de voir ou d’être vu ! …

Plus loin dans la galerie, 4 tables/luminaires sont disposées au sol, comme un balisage féérique et festif spécial noctambules. Cette série «Aladdin» se décline en quatre vitrines de tailles différentes, produites en éditions limitée.

Stuart_HAYGARTH___lustre_Aladdin_WEBLe comte de Lautréamont écrivait dans les Chants de Maldoror "Beau comme la rencontre fortuite, sur une table de dissection, d'une machine à coudre et d'un parapluie", une citation qui pourrait constituer une première piste d’interprétation du travail de HAYGARTH. 

Non l’artiste designer n’a pas braqué toutes les petites vieilles de Londres ou il réside à nouveau depuis peu ni de Berlin ou il a séjourné 2 ans, comme un mauvais remake de «ça s’est passé près de chez vous» !

Le designer Stuart HAYGARTH - Paris le 22 mars 2007

Après les objets plastique et autres détritus collectés inlassablement sur les plages où ils s’étaient échoués, ce magicien designer s’est intéressé aux objets en cristal, lisse ou taillé, transparent ou de couleur pour en détourner le sens et les ramener à la vie afin d’en sublimer l’humble beauté intrinsèque.

Pris un à un ses objets sont d’une grande banalité et quand ils n’encombrent pas le dessus de la cheminée au milieu de quelques fatras poussiéreux, ils finissent au placard.

SH4___aladdin_purple_webPour saisir la démarche du designer, qui n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà réalisé une série de lustre «boule» monumental pour la galerie TOOLS, peut-être faut il aussi s’interroger sur son passé de publicitaire, apte à jouer avec les mots ou les images pour donner du sens et créer de nouveaux signes.

Déjà les premiers artistes dadaïstes utilisent les objets récupérés qu’ils collent et assemblent sur leur toile. Ils refusent toute attitude rationaliste accompagnée de la désacralisation des formes et du sens. Leur activité est caractérisée par le principe de hasard et d'attribution d'une nouvelle valeur aux objets trouvés, détournés de leur contexte.

Plus tard les frères Castiglioni reprennent ses principes artistiques pour les appliquer au design avec "Mezzadro".

Tel un travail d’archiviste ou de laborantin, Stuart HAYGARTH trie par couleur, associe les formes, détourne la fonction pour conjuguer le tout en une mise en scène à la fois ludique et poétique.

Tous ces objets recèlent en eux une part de l’intimité de ceux qui les ont un jour possédés avant de s’en séparer, une parcelle d’humanité, une rencontre de petits rien improbables à priori réunis ici par la volonté d’un designer un peu compulsif, certainement possédé par quelques sympathiques addiction. S’agissant d’objets décoratifs ou utilitaires on se plait à imaginer une séance d’hypnose collective ou chaque objet se mettrait à raconter son histoire pour mieux nous révéler son identité, son histoire, de sa genèse à son abandon.

SH6___aladdin_transparent_webCe détournement d’usage, cette manipulation de la fonction, l’agrégation de tous ces objets récupérés qui prenne des formes inédites rejoignent indéniablement les œuvres des surréalistes.

Comme le disait Restany, «à sa manière, le designer revendique l'autonomie culturelle de son produit"

La démarche du designer relève à la fois du monde onirique, créant des constellations féériques, table/lumière aux mille reflets comme autant d’artefacts aux pouvoirs hypnotiques comme nous le rappelle «Aladin» le nom donné à ces créations. 

Mais également une démarche de recyclage et de récupération, moins ancrée dans l’idée de préservation de l'environnement comme ses précédents lustres mais davantage comme une volonté artistique avec création de sa propre matière première, sans occulter en filigrane une dénonciation implicite du tout consumériste et de la culture du jetable.

SH3___aladdin_green_webMarcel Proust associait les images des Mille et Une Nuits avec l’univers d’origine, pour lui les Nuits faisaient partie du mythe et des illuminations qui mènent à la création. La leçon proustienne des Mille et Une Nuits est celle de la métaphore qui fait voir dans une chose, une autre chose. Une métaphore qui s’applique parfaitement au travail de Stuart HAYGARTH.

Pour conclure citons Balzac, qui s’était engagé dans une lecture symbolique des contes, et qui, en son temps, avait vu dans la magie des Nuits une métaphore de l’art et de conclure :

« Combien de Lampes merveilleuses faut-il avoir maniées avant de reconnaître que la vraie Lampe merveilleuse est ou le hasard, ou le travail, ou le génie ? ».

Olivier Castaing, Art Consultant, Paris le 23 mars 2007 

Galerie Tools

Exposition «Aladdin» de Stuart HAYGARTH

119, rue Vieille-du-Temple, 75003

Tél. 01 42 77 35 80

www.toolsgalerie.com

Du mardi au vendredi de 11h à 13h et de 14h à 19h  - Samedi de 11h à 19h sans interruption  - Fermé dimanche et lundi

galerie_TOOLSJusqu'au 8 mai 2007

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