_motion_webL’hôpital : un lieu de souffrance par excellence mais aussi un lieu d’espoir pour tous ceux qui y séjournent, comme autant de parcours individuels fait de douleurs, de lutte au quotidien, jalonné d’espoir et de moments de doute, semé d’embûches et de rechutes, ou l’on se retrouve malgré soi reclue parce que coupé du monde des valides, des biens portants, oublié ou exclu de fait …

A la souffrance physique s’ajoute la douleur morale pour les malades hospitalisés, bien souvent dans l’incapacité de pouvoir exprimer ce qu’ils ressentent, d’extérioriser leurs angoisses, de formaliser avec des mots Parfois seuls les pleurs sont là pour meubler l’isolement moral, l’agressivité avec le personnel soignant ou les proches pouvant être le seul exutoire, incapables que sont ces corps meurtris d’avoir le recul nécessaire sur la situation qu’ils vivent pour relativiser … si tenté que cela soit envisageable.

L’art thérapie ou les interventions artistiques offrent l’opportunité de s’exprimer par un biais détourné, permettent aux patients d’extérioriser leur mal-être sans être nécessairement obligé d’en parler avec des mots. Il s’agit d’une volonté réelle d’apporter une assistance aux malades, de les accompagner et de les aider à évacuer, de faire une pause dans les traitements lourds et souvent extrêmement fatigants. D’oublier quelques heures que sa vie est en danger, que demain ne sera peut-être plus jamais comme avant la maladie ou l’accident.

ignorer_webLe propos artistique s’inscrit naturellement dans cette ambivalence des établissement hospitaliers qui sont tour à tour lieu de souffrance et lieu de réconfort, et cette atmosphère si particulière rejoint la nature même du travail des artistes qui porte souvent cette ambivalence en lui : derrière « la belle peau de leurs œuvres », les artistes nous parlent de vie et de mort, d’amour et de haine, de bonheur et de malheur.

Naji kamouche, artiste plasticien a réalisé une installation « in situ » dans un hôpital de l’est de la France. Une commande artistique que vous pouvez découvrir en images dans le portfolio qu’il m’a confié.

Naji a choisi de faire oeuvre d’écriture, de rendre visible l'indicible, pour conduire le regardeur, "là où il n’a pas forcément envie d’aller, de se laisser entrainer, de façon consciente ou non, vers ce qu’il aurait envie de dire, et que lui suggère, tantôt avec une infinie délicatesse, parfois avec la force d'une lame aiguisée pointée vers ce qui en lui est fragile, juste à l'endroit de la faille, que peut être il refuse de voir, mais qui fait mal et qui saigne».

Une intervention subtile mais en même temps si pregnante, tels des stigmates égarés sur les murs, sur une vitre, au sol, dans l’angle d’un couloir ... des mots qui donnent à voir, à penser, à méditer, qui réifient ce qui fait le quotidien des malades et de tous ceux qui les entourent, les prennent en charge, les accompagnent. 

douter_webUne installation silencieuse, criante de réalité et de vérité pour les malades et tous ceux qui fréquentent l’hôpital, véritable dramaturgie situationnelle et en même temps acte salvateur de dédramatisation de la souffrance et de la maladie parce qu’exprimée, personnifiée, ayant dépassée le non dit, le dénie inconscient.

Des mots semés tels les cailloux d’un petit poucet qui voudrait revenir sur ses pas, comme un feed back sur soi même et les autres.

Pour mon ami Olivier et tous ceux qui souffrent dans leur chair, pour qu'ils gardent espoir ! ...

Olivier Castaing, Art Consultant, Paris le 30 mars 2007