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Il y a 2 mois environ, je me suis rendu à l’invitation de Roland Buraud à son atelier proche de la Bastille. Rencontré lors de l’exposition de Jean Rustin que j’organisais aux Caves de Babylone, il semblait relativement réservé et peu enclin à parler de son travail, une de ses amies qui l’accompagnait s’étant chargé de se faire ambassadrice.

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Trois étages plus tard, je découvre une grande pièce baignée de cette belle clarté d’une matinée ensoleillée du début de printemps. Un atelier toute en longueur, pas très haut de plafond, occupé dans sa partie droite par 4 toiles de très grands formats, environ 5 mètres par 2, soit approximativement les limites tolérées par l’espace disponible … détail non négligeable quand on sait que le travail de l’artiste recèle toujours un peu de la topographie de son atelier.

En vis-à-vis des compositions-installations, nature morte de pinceaux chinois ramenés de ses récents voyages en Chine. il vient d’exposer en Chine et s’y rend régulièrement notamment pour des workshop avec des étudiants des Beaux Arts.

Roland Buraud a dû passer de longue heure pour apprivoiser le logiciel photoshop comme autant d’esquisses portant en elles les germes de ses dernières œuvres. Ce qui pouvait au commencement s’apparenter à un apprentissage constitue une réelle démarche de peintre, l’ordinateur étant devenu le prolongement naturel de la main et du pinceau, ancrant résolument son travail de peintre dans la modernité.

3Comme le disait André Rouillé «La peinture n’est en effet plus limitée à l’alliage séculaire des pigments et de la toile rivée au mur, mais plutôt considérée comme un mode du faire et du voir artistiques. C’est une question de corps, de geste et de matériau. Voir en peinture, signifie être sensible à un faire, à des objets, à des qualités de lumières, de matières et de formes, à des temporalités et des opacités, ainsi qu’à des résonances venues de toute l’histoire de l’art, et aux rumeurs du monde tapies dans les plis des œuvres».

11C’est cette conception ouverte et contemporaine de la peinture que Roland Buraud expérimente ici, créant à partir de la défragmentation de son œuvre passée le matériau de base de ses nouvelles compositions picturales, juxtaposant les captures d’images, intégrant des fragments comme autant de contrepoints en clair obscur, opacifiant ou injectant tel à plat de couleur, créant de toute pièce des œuvres ou le corps devient l’élément d’une catharsis. L’ensemble de ces œuvres numériques constitue la matière d’un l’ouvrage que l’artiste vient d’achever et qui est désormais disponible.

Poussant encore plus loin ses investigations, l’artiste prolonge sa démarche picturale en réalisant une vidéo. L’ensemble des œuvres numériques ont été montées tel un long travelling pour constituer une vidéo singulière qui tient à la fois de l’œuvre magistrale tant la matière visuelle et sonore prend une dimension inédite, dans une jubilation qui se ressent dans le rendu final.

Comme l’écrit R. Arnold B. dans la préface de l’ouvrage :

«C’est au retour de son premier voyage en Chine, en août 2004, qu’il entreprend cette longue série de peintures «virtuelles», d’estampes numériques, synthèse provisoire entre son travail des années passées, et l’espace chinois développé par les peintres de l’encre. … Il faut comprendre cette série dans son rapport au rouleau chinois traditionnel, infini dans sa durée, scandant l’espace des signes … «le Un engendre le deux, le Deux engendre le trois, le Trois engendre les dix mille êtres» Principe fondateur de la genèse taoiste.

01Cette «série numérique» a donné lieu à la réalisation de tirages selon le procédé de "digigraphie", en édition limitée sur papier d’une qualité d’impression remarquable, tant le rendu respecte l’authenticité de la matière picturale et l’intensité de la palette de l’artiste. Un excellent moyen pour tous d’emporter une œuvre de l’artiste sans hypothéquer ses proches vacances.

Pour ceux qui souhaitent découvrir l’atelier et rencontrer Roland Buraud, je me tiens à votre disposition pour organiser une visite. N’hésitez pas à me contacter.

Olivier Castaing, Consultant artistique, Paris le 29 juin 2007