Depuis de nombreuses années déjà, j’acquière au gré de mes
rencontres des pièces de céramiques, de
Soisson à Cap Town en Afrique du sud, en passant par Gustcha en Serbie, plus
connue pour accueillir le festival de musique serbe et gitane que pour sa céramique,
sans oublier l’île d’Yeu en Vendée ou j’ai fait il y a quelques temps une jolie
découverte.
Des rencontres d’artistes doués de leurs mains, passionnés
par les formes, architectes de la matière et designers du modeste. Magnifier la
terre, impulser le mouvement, allier l’élégance de la forme à la légèreté d’une
terre façonnée, des caractéristiques que l’on retrouve dans l’ensemble de ces créations
intemporelles et charnelles.
Dernière rencontre en date, celle de Grégoire Scalabre,
élégant bipède, moustache à la
Clark Gable et sourire sympathique. J’ai découvert son
travail à Milan lors de la
dernière Fiera del Mobile, invité du show room de
l’incontournable Rossana Orlandi, maîtresse incontestée dans les découvertes et
la promotion de jeunes talents très prometteurs.
Les dernières créations de Grégoire sont présentées
jusqu’au 17 octobre au restaurant Nomad’s sur la place du Marché Saint Honoré à
Paris. Un lieu chaleureux, canapés profonds, peaux de vaches et parquets foncés,
dans une atmosphère tamisée qu’accentue des murs aux couleurs chaudes. Un écrin
raffiné et suffisamment sobre pour magnifier le travail du céramiste.
En vitrines les pièces maîtresses, formes végétales pour « Fleurs
de grand feu », composition de corolles juchées sur de petites tiges,
élégantes en robes chamottées rouges ou stroumpfettes en goguettes, telles des
jeunes filles en fleur se rendant au bal des débutantes, tubéreuses érectiles
s’épanouissant en un buisson ardent dont le raffinement est contrebalancé d’un
socle décalé, astucieux détournement d’une
planche de découpe de bouche, subtile note matiériste et très contemporaine qui
magnifie la délicatesse de la céramique.
Prouesse technique de la terre façonnée, fragile alchimie
d’un glacis qui concentre la couleur pour lui donner encore plus d’intensité,
élégance du geste à la fois subtil et viril. C’est magnétique et l’on pourrait
passer des heures à regarder ces pièces, sans parler d’une terrible envie de
cueillir ces corolles qui rappellent quelques champignons de saison.
Autre vitrine, autre travail, radicalement différent,
puisque ces pièces font partie d’une série intitulée « Les temps
modernes ». Un subtil clin d’œil au film éponyme, mécanique de précision,
ludique assemblage d’une multitude de pièces aux formes de têtes de boulons ou tesselles
monochromes composant un socle à géométrie variable. Dessus sont disposées des
formes aux douces rondeurs, prolifération de molécules, parsemées ça et là
d’orifices ou d’embouts, comme pour vous inviter à entrer dans le jeu.
S’approprier ses créations, les faire vivre au gré de vos
envies, susciter le contact c’est ce que propose Grégoire Scalabre. Une
kinesthésique invitation à palper cette matière qui allie la rondeur d’un galet
tantôt couleur bronze, d’une densité profonde et tendre à la fois, tantôt blancheur
clinique avec des variantes de gris, si caractéristiques de la noblesse d’une
porcelaine. Des pièces d’une grande sobriété mais dont la personnalité est
évidente.
Une entrée en matière pour de futures compositions encore
plus libres, comme le laisse présager l’ensemble des dessins présentés dans le
cadre de cette exposition. Un assemblage de lignes, enchevêtrement de formes ou
simples constructions géométriques, qui préfigurent certaines pièces, esquisses
enlevées qui deviennent œuvres à part entière. Un certain nombre de ces dessins
sont à vendre. Une incursion dans l’intimité de la création de l’artiste qui
constitue en soi un privilège rare qu’il s’agit d’apprécier à sa juste
valeur.
Sont également présentées de nombreuses pièces utilitaires,
sobres et élégantes tasses de porcelaine blanche, brocs cylindriques et
monolithiques d’une impressionnante légèreté de matière, dans une gamme de gris
et vert aussi tendres que subtils sans oublier une coupe magistrale, sphère en
mouvement, tel un cratère fragile qui s’offre à la contemplation … on hésite
déjà à s’en servir tant l’objet est beau en lui-même.
Vous l’aurez compris, je suis déjà devenu un inconditionnel
de cet artiste et je ne peux que vous inviter à vous rentre au restaurant
Nomad’s découvrir un talent d’aujourd’hui qui excelle dans la forme et la
matière.
Bonne visite et bon appétit si vous décidez de prolonger
votre visite autour d’un bon repas ou en prenant un verre au bar. L’accueil est
vraiment très sympathique.
Olivier Castaing, Consultant artistique, Paris le 20
septembre 2007
Crédits photographiques copyright Fabien Jallot.

Restaurant Nomad's
12-14 Rue du
Marché Saint-Honoré - 75001 PARIS
Tél: 01.42.60.47.21