Yue_Minjun_execution_1995Yue Minjun, une des stars de la peinture chinoise contemporaine, détient désormais le record aux enchères pour une toile peinte en 1995. Estimée entre 1,5 million et 2 millions de livres. «Execution» qui n’avait jamais été exposée en public selon le vœu de l’artiste, s’est vendue 2.932.500 livres soit l’équivalent de 4,1 millions d'euros chez Sotheby's, à Londres.en octobre dernier.

Cette toile vendue par une galerie de Honk Kong à un collectionneur ne devait pas, selon les termes de la transaction de l’époque, être montrée en public sous peine d’exposer le peintre à des représailles compte tenu du thème traité.

Francisco_Goya__Tres_de_Mayo L_Ex_cution_de_Maximilien_d_Edouard_Manet__peint_en_1867

Yue Minjun est considéré comme l’un des chantres du «réalisme cynique», mouvement artistique qui est apparu après les manifestations étudiantes de la place Tienanmen en 1989.

Cette toile, même si l’artiste s’en défend aujourd’hui représente effectivement la répression du mouvement de contestation étudiante de la place Tiananmenen , avec la muraille rouge de la cité interdite comme toile de fond de cette scène.

vienne_422Par ailleurs, ce tableau, outre sa portée historique, s’inscrit dans une page de l’histoire de l’art, directement inspiré de «L’exécution de Maximilien (de Habsbourg à Mexico)», célèbre toile peinte par Manet en 1867, ce dernier ayant puisé son inspiration dans le «Tres de Mayo (1808)» de Francisco Goya, peloton d’exécution de madrilènes par les français en représailles des morts survenus pendant des émeutes. Un feed back pictural des plus passionnants qui montre la nécessité de réinscrire le travail des artistes contemporains dans l’histoire de l’art, seul à même de garantir une lecture éclairée de leurs œuvres respectives.

vienne_423Yue Minju a une écriture picturale immédiatement identifiable, puisque presque exclusivement composée de personnages hilares, autoportraits qui selon le tableau se démultiplie de l’individu seul, en pied ou en gros plan, à la joyeuse troupe de clones voir en une assemblée exponentielle.

Ce décalage humoristique prête d’abord à sourire, communicatif et distancié à la fois, il entraîne le regardeur dans un univers sous tension, qui oscille entre insouciance et folie, banalité et démesure, avec en filigramme ce vide spirituel caricaturé dans nombre de peintures, dénonçant l’abyssale vertige et le décalage culturel qui hante la chine contemporaine. Pertes des repères de la culture traditionnelle, accumulation de rictus forcés, cette auto-ironie a une parenté avec le sourire omniprésent sur les statues de Bouddha.

Autre caractéristique majeure de la peinture de Yue Minjun, ses peintures s’inspirent dans leur composition de chefs d’œuvres de l’art occidental, notamment de la peinture européenne, combiné avec des icônes de l’art sacré chinois, touche pop dans l’utilisation de des couleurs acidulées et fluo, tonalité de bleu et rose acides, comme pour mieux désacraliser et créer la confusion dans l’interprétation de ces chefs d’œuvres entrés dans la banalité, dépecés et vidés de leur aura première.

vienne_420On est proche de la bande dessinée dans l’exagération expressive, du grotesque et du burlesque des fresques populaires chinoises. On oscille entre le Ying et le yang afin de dédramatiser cette époque de profonds changement, source de vulnérabilité et d’angoisse collective et individuelle, avec la philososphie boudhiste porteuse d’espérance, de sagesse et d’apaisement.

Olivier Castaing, Art consultant, Paris le 10 novembre 2007

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