le «Kiosk » d’Urs Fisher et Franz West

Fondation_Pinault__4_Ca commence comme dans un james bond, arrivez en vaporetto collectivo, faut pas rêver le riva tout acajou c’est pour les invités people. Le bâtiment en impose par sa taille mais son côté trop restauré tranche avec les palais environnants, comme pour signifier qu’ici « faut qu’ ça en jette ! … ».

Côté grand Canal, un tête à tête géant avec l’œuvre de l’artiste indien Subodh Gupta, que nous avions découvert lors de la nuit blanche dans

la chapelle Saint-Bernard

, à Paris, en octobre 2006. La sculpture trône en majesté devant le palazzo, accueillant le visiteur en une monumentale et spectaculaire vanité de métal, amoncellement de batterie de cuisine XXL, saisissant contraste entre la trivialité et la matérialité consumériste d’ustensiles du quotidien et la spirituelle représentation de notre condition d’homme mortel. Cette oeuvre vaut a elle seule le détour mais ne justifie pas forcément de descendre du vaporetto pour la suite …

Venise_0807_108Avant de pénétrer dans le saint des saints, tant glorifié par la presse, dans une surenchère exponentielle de louanges digne signe d’allégeance pour toutes les pleines pages de pub achetées par les marques de luxe, fleuron du groupe de Monsieur François, petit détour par le «Kiosk » d’Urs Fisher et Franz West, duo déjà associé à l’exposition d’ouverture, qui récidive avec un une antichambre sur pilotis, couronné d’un monticule blanc, improbable croisement entre un phallus de mammouth et le tarin de Tartarin de Tarascon, doté d’un orifice en forme de cœur, pour le côté glamour in love, avec lustre à pampille et graffiti sur aluminium inside, of course !

Une fois le cordon de balisage franchi, non sans avoir esquissé un sourire en découvrant l’affichage sauvage de Patrick Mimram sur un compteur électrique non loin de là, qui annonce élégamment « pas d’art à l’intérieur ! » forme d’avertissement subliminal ou facétieuse provocation d’un impertinent !?

Venise_0807_136Deuxième round du james Bond, avec un jeune éphèbe en costume noir, tout droit échappé d’une pub de Dolce Gabbana, qui vous intime l’ordre de passer à la caisse … (ses clones vous marquent à la culotte non stop dans les étages, qui sait s’il vous prenez l’idée de vouloir voler un cliché ou subtiliser quelques détritus labellisés « objet d’art ») et oui le mécénat s’arrête aux intérêt privés de notre ami François … qui vous allège sans vergogne d’un droit d’entrée de 10 euros (à comparer avec les 15 € du pass vous permettant de visiter l’ensemble des pavillons du Giardini et de l’Arsenal dans le cadre de la Biennale), l’appareil photo confisqué sans ménagement, équipé de votre clé de vestiaire + 2 euros, direction l’atrium pour une confrontation avec l’arbre du père Noël qui n’est pas une ordure quoique …

Fondation_Pinault Fondation_Pinault__1_

« Jet set lady » œuvre d’Urs Fisher (décidément la collection Pinault capitalise sur cet artiste tant par la représentativité dans la collection que par la visibilité qui leur est donnée) se retrouve enfermée dans le carcan des colonnes, balustres et voûtes de l’édifice semble comme engoncée dans un costume trop étriqué, impression qui subsistera tout au long de cette visite, d’un bâtiment qui peine à s’effacer pour valoriser son contenu. Mais arguons que les curators en ont vu d’autres et que le lieu fait partie d’un cahier des charges sans commune mesure avec l’envergure de la collection.

jet_set_lady___Urs_FisherL’arbre de Noël scintille d’une myriade de cadres renfermant les reliques de cinq longues années d’élucubrations en dessins, dont la trivialité et la juxtaposition peine à donner du sens à l’ensemble … Il y eu mis les photos d’un album de famille ou les boites à archives de quelques camps de détention que cela eu tout de suite une autre gueule … bémol quand même, ce type de conifère a au moins l’avantage de ne pas perdre ses aiguilles, qui eurent risquer de se prendre l’épine dans le tapis de Rudolf Stingel, commande spéciale bien entendue ! 

Si vous n’êtes pas encore au tapis, n’ayez crainte l’indigence curatoriale va crescendo tout au long de cette visite, dans une juxtaposition des plus hasardeuses, que le pedigree de la dame, annoncé tels les décorations d’un vieux général de l’armée russe, laisse pantois même le moins informé des visiteurs.

Comment peut-on avec une collection de cette importance arriver à un résultat aussi pitoyable, dans un parcours sans queue ni tête, malgré la présence d’œuvres remarquables.

David_HAMMONSOn peut découvrir avec bonheur, une série d’empreintes de l’américain David Hammons, travail réalisé dans les années 70 et caricaturale dénonciation du racisme ambiant de l’époque.

Tout aussi incontournable, la sud africaine Marlène Dumas, dont le trait et les partis pris composent un dyptique magistral. Fidèle à son habitude, empruntant tant à l’histoire de l’art qu’aux faits divers du temps présent, le peintre confronte deux gisants, transposition du célèbre tableau d’Hans Holbein » représentant le Christ mort, et une représentation picturale inspirée du cliché publié en septembre 1986, montrant Michael Jackson les yeux clos, les bras le long du corps, dans son caisson hyperbare, dans la plus pure tradition expressionniste.

Marlene_Dumas__Gisants_I___II__2002

Une belle découverte avec le travail de l’italien Roberto Cuoghi, artiste trentenaire, qui réalisé pour l’occasion une série de 9 œuvres. Combinant de multiples techniques il compose une cartographie de « l’axe du mal », tel que définit par Bush, 9 tracés matiéristes qui donnent à voir, révèlent dans un subtil jeu de transparence et d’opacité, les improbables contours de ces nations désignées à la vindicte guerrière. Une approche subtile et un réel talent pour apporter un point de vue distancié du monde de l’art face à une actualité encore brûlante.

Pour le reste, une accumulation d’œuvres décevantes, comme la pseudo installation de Franz West, série de vitrines contenant les maquettes et prototype miniatures de certaines de ses principales créations. Le côté cabinet de curiosité fait davantage penser au corner coquin de quelques vendeuses de sex toys, dépouillant l’œuvre de sa force monumentale seule à même de donner la résonance exacte du travail de ce grand artiste autrichien. 

Him___Maurizio_CattelanDans la même veine, les photos de Louise Lawler, accueillie en résidence lors du montage de la première exposition « Where are we going ? » en 2006, fait flop, confondante de banalité, anecdotique point de vue d’une artiste sur le travail de ses contemporains, seul le cliché montrant la sculpture « Him » de Maurizio Cattelan sort quelque peu du lot, montrant un Adolf dans sa boite de transport, inoffensive momie de cire, dépourvue de sa magistrale provocation lorsqu’elle est mise en situation.

On jettera juste un dernier regard dubitatif au badigeonnage jaune fluo commis par Anselm Reyle, qualifié de «clin d’œil à l‘expressionnisme abstrait », juste histoire de vous en foutre plein la vue au risque de vous aveugler dans une chute-performance pour choir 2 étages plus bas à moins que vous ne vous récupériez aux branches du fameux sapin pin pin !

Monsieur François, confier les clés de vos réserves à semblable indigence, relève soit de l’inconscience, ce qui est risqué pour un visionnaire de l’art comme vous …, soit de l’irresponsabilité culturelle, trop peu respectueux de ceux qui s’intéressent à l’art contemporain et veulent soutenir les artistes autrement qu’à coût de millions d’euros flambés en simulacre de mécénat. Vous avez pris le risque d’être par trop déceptif, sentiment unanime partagé par tous ceux que nous avons croisés au cour de notre séjour, le travail curatorial de votre équipe ne pouvant soutenir la comparaison avec la sublime exposition proposée par l’antiquaire belge Axel Vervoordt au Palais Fortuny ou la subtile alchimie d’un Jan Fabre investissant un Palais tout proche. 

Olivier Castaing

, Art Consultant, en direct de Venise le 26 août 2007