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Nous avions déjà parlé de Denis ROUVRE, à l’occasion du dernier festival de Cannes. Un photographe qui excelle dans l’art du portrait, de ceux qui savent capter l’instant de grâce ou le sujet se livre, joute des regards, instants d’émotions, ou retenue et pudeur, orgueil et vulnérabilité, temps suspendu et fugacité de l’instant, créent une alchimie particulière à même de nous donner à voir la quintessence de l’humain.

C’est ce qui fait la force et l’unicité des portraits de Denis ROUVRE, qui nous offre des gueules escagassées en sortie de terrain, clichés odorants des relents du combat, des joutes musculeuses, de la furieuse énergie des vainqueurs ou des vaincus, paroxystique fête du ballon ovale.

Une excellente façon de voir autrement que devant son petit écran, la fête de l’ovalie.

La Galerie Confluences

 est un lieu à part dans le monde de l’art parisien et vous ne regretterez pas d’avoir un peu sué en velib pour vous y rendre.

Bonne visite.

Infos pratiques 

Galerie Confluences

190 bd de Charonne. 75020 Paris – métro

Alexandre Dumas

La galerie est ouverte du lundi au vendredi de 10h à 18h et les soirs de représentation. 

www.confluences.net

Le Site du photographe Denis ROUVRE www.rouvre.com

Ci-dessous, l’interview de Denis ROUVRE donné à l’occasion de cette exposition.

«Instinctivement, j’ai toujours aimé le rugby. Sans jamais vraiment m’en approcher. Ni amateur, ni supporter. Au fond de moi pourtant, j’ai toujours été fasciné par la force brute que dégagent ces hommes. Par leur beauté déconcertante, aux antipodes des canons habituels. De cette attirance est née, en 2004, un premier projet photographique, réalisé pour l’Equipe Magazine, que j’ai appelé « Broken faces ». Une série de portraits très serrés des piliers du XV de France. J’en souhaitais plus. Il me fallait un sésame.

J’ai alors montré mes photos à

la Ligue Nationale

 de Rugby. Leur enthousiasme m’a donné des ailes. Leur soutien m’était indispensable. Ils me l’ont offert sans compter. Au printemps 2006, les présidents des quatorze clubs du championnat de France m’ont ouvert les vestiaires de leurs équipes. J’ai attendu, dans les entrailles des stades, la fin des rencontres pour tirer le portrait des joueurs en « sortie de match ». Pendant ces quelques minutes où, hors du terrain, ils sont encore dans l’élan du jeu. Haletants, suants, abîmés, ils portent alors sur leurs visages et leurs corps les traces vives de ces quatre-vingts minutes de lutte acharnée. J’ai voulu voir sur eux les marques de l’affrontement: les coups et les intempéries, la rage et l’épuisement. J’ai cherché à attraper cet instant, avant que ne disparaissent les stigmates de l’oubli absolu d’eux-mêmes. Au moment où ces hommes ne sont plus des bulldozers et pas encore des dieux du stade. Ils reviennent de l’effort surhumain. Ils redescendent sur terre où l’esthétique n’est plus celle du combat. 

En les photographiant tous de la même manière, sans oripeau, sans artifice, sans décor, j’ai traqué la beauté brutale de leurs gueules meurtries. Mon expérience du portrait m’a appris à faire du temps mon allié. Il me permet habituellement de peaufiner les lumières, d’améliorer la mise en scène, de bousculer le modèle, d’exciter sa curiosité. Cette fois, j’ai joué contre le temps. Plus il passait, plus ce que je cherchais disparaissait. Un jour, un joueur, blessé, est arrivé, seul, dans le vestiaire. J’ai voulu le photographier. « Qu’est-ce que tu m’emmerdes ? Je vois des étoiles, là ! », m’a-t-il lancé, au bord de l’évanouissement. Ce sont ces étoiles que j’ai voulu saisir