artreview1_webDe très nombreux artistes se sont passionnés pour la science en générale et la médecine en particulier, du Moyen-âge à nos jours, de Léonard de Vinci à Andy Warhol, en passant par Monet ou Kandinsky les artistes ont sans cesse renouvelés, interprétés leurs visions sur les sciences et les recherches,.

Le corps a toujours était un sujet d'étude privilégié pour les plasticiens et les savants. Qu’il s’agisse de représenter la vie et de la magnifier ou de mieux la comprendre pour la préserver, on retrouve chez les artistes comme chez les médecins une semblable soif de connaissance.

Les artistes ont donc joués un rôle déterminant dans l'histoire de l'anatomie tributaire de la représentation graphique alors que dans le même temps l'art se nourrissait des progrès de l'anatomie en Europe. Dès la Renaissance et jusqu'au Romantisme, de Léonard de Vinci à Rubens en passant par Dürer, tous ces artistes ont bravé les interdits, s’adonnant à la dissection pour comprendre le fonctionnement du corps soucieux de révéler une autre vérité. Léonard de Vinci, «peintre anatomiste» comme il aimait à se présenter, considère le dessin comme «un outil de compréhension de la fonction et de la structure». Ce n’est qu’à partir de 1543 avec André Vésale, médecin anversois et la publication de son «De corporis humani fabrica» - la fabrique du corps humain - que l'anatomie scientifique à proprement parlé débute. Les 300 planches de la Fabrica, explorent méthodiquement le corps, constituant la référence pour les artistes pendant près de 300 ans.

artreview3_webTout comme ses illustres prédécesseurs, Emilie Benoist a fait de la médecine sont sujet de prédilection, son oeuvre se démultipliant telle une prolifération créative, sous diverses formes et formats, plans et coupes en relief, dessins ou sculptures en 3 dimensions. Depuis plusieurs années elle se focalise sur l’infiniment petit quelle donne à voir, réseaux connectés, connexions synaptiques, déflagrations colorées d’une constellation de circonvolutions membraneuses ou filamenteuses aussi complexes que mutantes.

Littéralement fascinée par la représentation scientifique et médicale du corps, ses structures et ses formes de développement, elle n’a de cesse de les représenter. Cela pourrait s’apparenter à une quête permanente par laquelle l’artiste prend position dans une société uniformisée régit par les modes et les tendances, où il devient de plus en plus difficile de distinguer le singulier, l’individuel, et au final «le dedans».

De la même manière à l’heure de l’image de synthèse, du photo-shop omniprésent dans tous les travaux d’artistes, le choix de matériaux modestes, le plus souvent de récupération, magnifiés au travers de la représentation et de l’œuvre, du dessin au graphite avec quelques rehauts de couleurs, témoigne d’un parti pris revendiqué de s’affranchir de toutes les contraintes de matérialité et de technologie pour produire.

À la limite entre l’abstraction et la figuration, son œuvre se construit dans un rapport de tension entre le microscopique, voire le macroscopique et le monumental ou macrocosmique. Cette prolifération comme une implacable contamination kaléidoscopique et moléculaire envahit dessins et représentations en relief ou en 3D.

cellula_phantastica_maquette_2007Dans sa dernière exposition nous découvrons une prolifération de billes de polystyrène agglomérés en une gigantesque forme trapézoïdale, qui resituée dans le contexte de sa récente résidence en Inde du sud, à Pondichéry, prend tout son sens.

Utilisant la cartographie d’anciens temples jaïns elle reconstruit, patiemment, strates par strates cette géographie mentale, arachnéenne prolifération cellulaire à l’image des dentelles de pierres et marbres qui ornent ces temples.

Puis elle se positionne à la base du cerveau, dans le prolongement de notre épine dorsale, créant une sublime et minimaliste reconstitution faite d’une branche de noyer qu’elle a révélée dans toute la nudité de sa gangue, poli jusqu’à sembler totalement organique, tel un ossement fossile qui serait tombé là à la manière d’un météorite géant.

Le format XXL permet une véritable confrontation, occupant tout l’espace de la Galerie pour engager un véritable «tête à tête» cérébral avec le regardeur.

dessin_emilie_benoistComme l’écrivait Michel Poivert à propos du projet photographique «CLINIC» qui a pour ambition d’explorer l’esthétique de l’univers médical à travers la photographie contemporaine :

«En confrontant la photographie médicale et le regard des artistes contemporains, on dispose ensemble des images entièrement déterminées par leur valeur d’usage (diagnostique et communication) et des images pensées en dehors d’une valeur d’usage, c’est-à-dire à l’intérieur d’un processus artistique. D’un côté les images cliniques, opérantes et déterminées dans leur finalité, de l’autre les images « du » clinique, exerçant sur son objet un regard oblique qui traduit de manière souterraine notre sentiment face au destin du corps. Les premières fascinent, amusent ou effrayent, les secondes interrogent, émeuvent ou apaisent.»  

Un texte qui peut parfaitement s’appliquer au travail d’Emilie Benoist.

L’exposition est visible jusqu’au 13 octobre à la Galerie Eva Hober rue Saint Claude dans le 3ème arrondissement. L’occasion de découvrir également une magnifique série de dessins qui constitue un autre pan remarquable de son travail. Une artiste de talent dont je suis devenu un inconditionnel.

Une occasion à ne pas manquer !

Olivier Castaing, Consultant artistique, Paris le 30 septembre 2007