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Susanna Hesselberg, représentée par la SCHOOL GALLERY PARIS, est une jeune photographe suédoise rencontrée il y a quelques années déjà à la Cité internationale des arts, lors d'une résidence, figure parmi les artistes dont je suis un inconditionnel. Elle vient de m'envoyer sa dernière photo pour mon plus grand bonheur. Elle est exceptionnelle.

Telle la Madeleine de Proust, suffisamment rare pour mériter d'être apprécier à sa juste valeur, à la fois précieuse et envoûtante, subtile alchimie entre atmosphère  et étrangeté,  visible et invisible, présence et absence, simultanéité  et fugacité, toujours insaisissable et quasi indéfinissable, tant ses mises en scène maturées et minutieusement composées, jamais retouchées au photoshop mais simplement shootées et développées ... révélent toute la magie de cette grande photographe suédoise, que j'aurai le plaisir d'exposer à nouveau en 2008.



Rendez-vous est donc pris, mais attendant gouttez à ces images d'exception dans son PORTFOLIO
et découvrez une interview de l'artiste.

Bon week end,

Olivier Castaing, art consultant, Paris le 5 octobre 2007

Je vous invite également à relire le magnifique texte écrit par François Bernard sur le travail de cette photographe.

NATURE_LOVER_II_2006_80x100_copy"La frontalité du cadrage retient d'abord l'attention; tout semble simple ! Mais l'évidence se brouille et si les corps manipulés des photos de Sussana Hesselberg se donnent à voir, ils se cachent d'autant, derrière la première apparence.

Travesti, amputé, l'être joue l'enfouissement, la disparition, le recouvrement, le flottement. L'artiste démiurge réinvente une espèce humaine affranchie des lois physiques les plus élémentaires.

Pourtant qui conquiert l'autre ? Est ce le corps qui se cache dans l'espace, est ce l'espace qui, imperceptiblement, dévore ce corps avec une cruauté silencieuse ? Il n'y a pas de réponse. Le doute s'installe, lieu de malaise qui déséquilibre cette frontalité première de l'œuvre, par trop évidente.

DESPERATE_MENLe travail de Sussana Hesselberg ne fixe pas le réel ni ne saisit l'instant. A l'opposé du constat, les photos créent un réel même, celui de la limite autant que de l'au-delà. Par une mise en scène minutieuse dans laquelle le corps est exhibé ou contraint, elle tisse un décor qui deviendra, une fois le cliché réalisé, la toile où l'œil se piègera à refuser de comprendre ce qui n'est pourtant qu'évidence.

Pour ces raisons, les photographies de Sussana sont rares. Rares car loin du monde qui joue la multiplicité et la surabondance, elle élabore son œuvre avec lenteur. Elle produit peu, offrant à chaque pièce un temps d'élaboration plus proche de la littérature que de la photographie. Rare enfin car son univers onirique façonne des images/miroirs révélatrices de nos propres contradictions qui mettent en valeur l'éternel question : … dans ce que je vois ... qu'est ce que j'accepte de voir ?"

François Bernard